Le soupir, de Marie Folleville (1831)

Le soupir.

Recueil : Poésies diverses (1831)

Un soupir vient souvent des longs regrets de l'âme,
Des tristes souvenirs d'un être malheureux ;
Souvent il est aussi la lueur d'une flamme
Qui consuma le cœur sillonné de ses feux.

Il peut venir encor des chagrins de l'absence,
De ses jaloux soupçons, de sa lente douleur !
Mais si de se revoir on garde l'espérance,
C'est un mélange doux de mal et de bonheur.

Si du plus tendre amour on a trompé l'attente,
Si d'un tel sentiment on est désabusé,
Respectez le soupir d'une âme repentante,
Il renaîtra toujours dans cet être brisé.

Un soupir déchirant, c'est celui d'une mère :
Rien ne peut égaler son cuisant désespoir,
Se confiant au Ciel dans sa douleur amère,
Elle y remet sa vie et son secret espoir.

Il en est un bien rare, et c'est celui de l'âme
Qui rencontre l'objet créé par son amour,
Ce soupir tient aux dieux, à leur céleste flamme :
Hélas, une seule fois on obtient son rapide séjour !

Il s'échappe du sein de la vierge trop tendre
Qui soupir à l'amour son inquiet bonheur ;
En souriant alors, sans crainte on peut l'entendre :
Il naît de l'espérance, il s'éteint sans douleur.

Quand d'un cœur sans espoir avec effort s'élance
Un soupir étouffé sous un plaintif accent,
Ah ! ne souriez plus ! Qu'on souffre à sa naissance !
Il appelle la mort, il sort en frémissant !

Mais hélas ! le premier, le signal de la vie,
Du Ciel est-il un bien, ou le plus grand des maux ?
Il annonce souvent qu'en victime asservie
Un malheureux de plus va peupler les tombeaux !

Il en est un dernier, quand de notre existence
Le fil vient pour jamais de rompre et de finir !...
L'homme, de la grandeur, regrette l'inconstance,
Mais la femme, à l'amour, donne encor ce soupir !


Marie Folleville.